Héros et démons est un épisode de la série télévisée de science-fiction Star Trek: Voyager (1995), dans lequel Beowulf est transposé au XXIVe siècle.

Cinquième série télévisée dérivée de l'univers Star Trek, Star Trek: Voyager se déroule au XXIVe siècle et raconte le retour du vaisseau spatial USS Voyager et de son équipage vers la Terre, dont ils sont éloignés de plusieurs dizaines de milliers d'années-lumière.

Diffusé en 1995, Héros et démons (Heroes and Demons), mis en scène par Les Landau, évoque l'épopée anglo-saxonne Beowulf, dont c'est l'une des premières adaptations à l'écran. La connexion entre un poème se déroulant dans un environnement médiéval et un vaisseau spatial évoluant en 2371 a lieu par l'intermédiaire du holodeck.

Le holodeck est une salle située dans le vaisseau spatial dans laquelle les membres de l'équipage peuvent interagir dans un environnement et avec des personnages générés par réalité virtuelle. Des dysfonctionnements du holodeck sont à l'origine de plusieurs épisodes de la série.

C'est le cas de Héros et démons, où plusieurs membres de l'équipage disparaissent dans une reconstitution de l'univers de Beowulf, dans lequel figurent les personnages de Freya, Unferth et le roi Hrothgar, dont la halle fait l'objet d'attaques régulières de la part de Grendel.

Star Trek: Voyager, Heroes and Demons, le Docteur et GrendelAttaque de Grendel « nouvelle génération ».Grendel est, dans la série, une forme de vie « photonique » qui exerce une vengeance après que l'équipage du Voyager a effectué des prélèvements sur une protoétoile, enlevant, sans le savoir, des êtres photoniques.

C'est en cherchant à combiner l'idée de disparitions avec un environnement qu'il souhaitait viking qu'il est apparu, après coup, au scénariste de l'épisode, Naren Shankar, que cette combinaison était déjà présente dans Beowulf, et qu'il a décidé d'y faire explicitement référence1.

Les emprunts au poème sont cependant peu nombreux.

Les personnages sont inégalement fidèles à leur modèle. Si tel est plutôt le cas du vieux Hrothgar ou de l'agressif Unferth, en revanche, Freyja n'a rien de commun avec la Freawaru du poème, sinon d'être la fille de Hrothgar. Tandis que l'une est un personnage secondaire, qui n'est mentionné qu'indirectement, en lien avec son mariage, Freya est une guerrière qualifiée de « shield maiden », tuée par Unferth en sauvant la vie du Docteur de l'équipage.

Freya prononce toutefois une phrase inspirée de Beowulf : « on dit que le Destin épargne souvent un guerrier condamné si son courage prévaut », qui dérive approximativement de « Wyrd oft nereð unfægne eorl þonne his ellen deah » (lignes 572-573) : « le Destin épargne souvent un guerrier qui n'est pas condamné (« un/fæge ») si son courage est grand »2.

Star Trek: Voyager, Heroes and Demons, Freya et le DocteurFreya (Marjorie Monaghan) et le Docteur (Robert Picardo).À plusieurs égards, l'épisode prend même le contre-pied de l'épopée.

Le Docteur n'est pas un héros déterminé tel que Beowulf. Il est désigné par sa hiérarchie pour accomplir sa mission, et c'est non sans réticences qu'il quitte (pour la première fois) son infirmerie : la définition de l'héroïsme a changé3.

Quant à Grendel, ce n'est pas un monstre, mais une forme de vie soucieuse de protéger ses semblables. C'est même le héros qui se voit prêter des traits monstrueux : comme le Grendel de l'épopée, le Docteur est insensible aux armes (c'est, en effet, un hologramme), et c'est lui, et non Grendel, qui est amputé d'un bras lorsqu'il est attaqué.

L'issue est, enfin, différente. L'épisode ne se conclut pas par une confrontation violente. Après un discours du capitaine du Voyager rappelant que c'est involontairement qu'il a été causé du tort aux formes de vie photoniques, et faisant preuve de compréhension quant à leur réaction, le spécimen captif est libéré par le Docteur, et les membres d'équipage disparus sont relâchés en retour4.

La référence à Beowulf, avec, là aussi, une inversion des rôles, et dans un environnement de science-fiction, est également présente dans le film Outlander (2008), même si l'esprit de compréhension mutuelle de Héros et démons cède la place à un combat à mort.


1 Entretien avec Naren Shankar dans Star Trek Voyager : The Official Magazine, 4 (Oct. 1995), p. 67.
2 Cette citation, célèbre, est aussi paraphrasée dans Le 13e Guerrier de John McTierman (1995), également librement inspiré de Beowulf (entre autres).
3 « In this story the hero doesn't want to be a hero, the monster doesn't want to be a monster. » Risden, E.L. Our Man Beowulf: Bowra, Ker and the Contemporary Struggle with Heroism. In : Haydock, Nicolas ; Risden, E.L. Beowulf on film : adaptations and variations. Jefferson, North Carolina ; London : McFarland, 2013. P. 168.
4 Marshall, David W. Harrying an Infinite Horizon : The Ethics of Expansionism in Outlander. In : The Vikings on Film. Essays on Depictions of the Nordic Middle Ages. Ed. by Kevin J. Harty. Jefferson, N.C. : McFarland & Company, 2011. P. 143-144.