La Þorláks saga byskups est l'une des sagas des évêques. Elle est consacrée à Þorlákr Þórhallsson, évêque de Skálaholt et premier saint islandais.

Saint Þorlákr sur la façade de la cathédrale de NidarosÞorlákr sur la façade ouest de la cathédrale de Nidaros (Trondheim).
Sculpture de Gunnar Olsen, d'après un modèle d'Anne Raknes.
Né en 1133 dans une famille pauvre, Þorlákr est élevé à Oddi, auprès du prêtre Eyjólfr Sæmundarson. Très tôt ordonné prêtre, il partit ensuite étudier à Paris et à Lincoln. De retour en Islande, il exerça son ministère à Kirkjuboer, avant de rejoindre le monastère augustinien de Þykkvabœr, dont il fut le premier abbé. L'évêque Klœngr le choisit ensuite comme son successeur au siège de Skálaholt, et Þorlákr fut consacré en Norvège par l'archevêque Eysteinn Erlendsson. Après sa mort en 1193, de nombreux miracles survinrent. La translation de ses reliques eut lieu en 1198, accompagnée de nouveaux miracles.

Mettant en avant les vertus de Þorlákr (acèsce, charité, humilité, justice, piété...), entrecoupée de citations des Écritures (Ancien comme Nouveau Testament), la Þorláks saga vise l'édification morale et spirituelle. Rédigée dans un style simple, elle s'adresse à un large public. Les miracles, en particulier, offrent un rare aperçu de la vie quotidienne des Islandais ordinaires.

Dans son contenu comme dans son style, la saga s'inscrit dans la continuité des traductions de vies de saints qui apparaissent et se développent en Islande dans la seconde moitié du XIIe siècle.

Comme elles, la première version de la saga (version A) se concentre sur la dimension religieuse et morale du personnage, mais laisse à l'arrière-plan les questions temporelles.

Cette première version, rédigée dans la première décennie du XIIIe siècle et conservée dans le manuscrit Stockh. Perg. fol. no. 5 (vers 1360), est issue de textes contemporains de la canonisation de Þorlákr : une saga en latin et en islandais (ou uniquement en latin) – quelques fragments en latin sont conservés, notamment dans le manuscrit AM 386 4to (vers 1200), et un recueil de miracles (la Jarteinabók Þorláks byskups in forna).

Þorláks saga dans le manuscrit AM 382 4toLa Þorláks saga dans le manuscrit AM 382 4to.
Stofnun Árna Magnússonar, Reykjavík.
Il existe deux autres versions de la saga. La version B a été composée à la fin du XIIIe siècle, et est conservée dans le manuscrit AM 382 4to (milieu du XIVe siècle). La version C date du XIVe siècle et est préservée dans sept manuscrits, dont certains sont médiévaux.

Ces versions plus tardives se distinguent par un enrichissement de la liste des miracles, ainsi que par l'ajout des conflits entre Þorlákr et les chefs islandais, et notamment ses différends avec le premier d'entre eux, Jón Loptsson, qui sont évoqués dans l'Oddaverja þáttr. Ces querelles, que la version A ne mentionne que de façon allusive, avaient deux objets.

Il s'agit d'abord de la moralité des chefs. La question avait une dimension particulière pour Þorlákr, dont la sœur, Ragnheiðr, était la concubine de Jón Loptsson, un homme marié. De leur union est né Páll, qui succèda à Þorlákr comme évêque de Skálaholt (1195-1211). C'est peut-être pour cette raison que l'épisode est passé sous silence dans la version A.

Le second motif de contentieux est le contrôle des églises : la plupart des églises avaient été construites par les grands propriétaires sur leurs domaines, et ils entendaient en garder le contrôle, que leur disputait le clergé. Il n'est pas exclu qu'il s'agisse d'une interpolation tardive. Le contrôle des églises était l'une des préoccupations de l'évêque Árni Þorláksson, comme en témoigne sa saga. Or, il est possible que la version B de la Þorláks saga ait été composée durant son épiscopat (1269–98).

Quoi qu'il en soit, l'intégration des difficultés rencontrées par Þorlákr dans l'accomplissement de son ministère rapproche la Þorláks saga des sagas des évêques composées au début du XIVe siècle, qui accordent aussi une large place aux tribulations de leur héros (Guðmundr Arason, Árni Þorláksson, Laurentius Kálfsson).

Traduction

  • The Saga of Bishop Thorlak (Þorláks saga byskups). Translated by Ármann Jakobsson and David Clark. London : Viking Society for Northern Research, University College London, 2013.