Árni Magnússon ou Arnas Magnæus (1663-1730) est un collectionneur islandais à l'origine de la plus importante collection de manuscrits islandais, aujourd'hui conservée à Copenhague et Reykjavík.

Portrait d'Árni MagnússonPortrait d'Árni Magnússon.
Gouache d'un artiste inconnu, peut-être Hjalti Þorsteinsson.
Pinacothèque de Müller, Det Kongelige Bibliotek, Copenhague.
Árni est né le 13 novembre 1663 à la ferme de Kvennabrekka, dans le comté de Dalir, dans l'ouest de l'Islande. Fils d'un pasteur, il fut élevé à Hvammur par son grand-père maternel, puis par son oncle maternel.

À l'âge de 17 ans, il entra à l'école cathédrale de Skálholt, puis, trois ans plus tard, partit au Danemark étudier à l'université de Copenhague, où il obtint un diplôme de théologie au bout de deux ans.

Depuis 1684, Árni était aussi l'assistant de Thomas Bartholin le Jeune. Il contribua à la préparation de ses travaux historiques en traduisant des textes vieux norrois en latin ou en copiant des textes provenant d'anciens manuscrits. C'est à cette époque qu'il commença à se livrer à la collecte de manuscrits de son pays natal, à l'occasion d'un séjour qu'il fit dans l'île en 1684/1685 pour le compte de Bartholin. De retour à Copenhague, il enrichit sa collection en copiant des manuscrits provenant de la bibliothèque universitaire ou de collections privées, comme celle de son ami, l'Historien royal de Norvège Þormóðr Torfason. En 1690, Bartholin mourut, et Árni acquit certains des manuscrits de sa collection, en particulier le Möðruvallabók.

Árni se trouva un nouveau protecteur en la personne de Matthias Moth, frère de la maîtresse du roi, qui exerçait une position influente. C'est sans doute grâce à lui qu'il put séjourner pendant deux ans en Allemagne, de 1694 à 1696. De retour à Copenhague, il s'installa chez Moth, qui lui fournit également un emploi de secrétaire aux archives secrètes royales. Durant toute cette période, il continua, malgré le manque de moyens, à se procurer manuscrits, lettres et autres documents anciens, notamment grâce à une correspondance nourrie avec des Islandais.

Alors qu'il venait tout juste de se voir confier la chaire d'Antiquités danoises, nouvellement créée, devenant ainsi le premier Islandais nommé professeur à l'université de Copenhague, Árni fut envoyé en 1702 en Islande. Avec Páll Vídalín, lögsögumaður adjoint, il était chargés de dresser un cadastre de l'ensemble de l'île, mais aussi de s'assurer du respect des lois, de la bonne administration du territoire, et de quantités d'autres questions. Leurs attributions incluaient, par exemple, l'examen d'anciennes affaires criminelle, et c'est ainsi qu'ils furent amenés à rouvrir le dossier de Jón Hreggviðsson, un fermier accusé de meurtre vingt ans plus tôt, dont l'innocence fut finalement prouvée. Cet épisode est au coeur du roman La Cloche d'Islande de Halldór Laxness. Le séjour d'Árni dura dix ans, interrompu par deux retours au Danemark, dont l'un au cours duquel il épousa une veuve, âgée d'une dizaine d'années de plus que lui, qui lui apporta une dot conséquente.

Signatures d'Árni MagnússonSignatures d'Árni (formes islandaise, danoise, latine)Cette mission difficile – la seule collecte des sources pour le registre des propriétés ne fut terminée qu'en 1714 – les amena à parcourir l'Islande, et Árni en profita pour rechercher manuscrits, lettres et documents dans les fermes et les églises islandaises, les acquérant ou les empruntant pour en faire des copies dont il veillait à l'exactitude. Sa persévérance et son habileté dans les recherches ont permis de préserver une masse de documents qui auraient autrement disparus.

À cette époque, l'intérêt pour l'histoire des pays nordiques était déjà ancien, et les principaux manuscrits avaient déjà été quitté l'Islande pour le Danemark ou la Suède – le Flateyjarbók fut envoyé au Danemark dès 1656, le Codex Regius en 1662 – et Árni s'attacha à rassembler des fragments servant parfois aux usages les plus divers : pour couvrir des livres, ou pour rembourrer des chaussures, par exemple. Ces fragments faisaient ensuit l'objet d'un examen rigoureux et méthodique afin de reconstituer les manuscrits.

De retour au Danemark en 1713, Árni reprit ses fonctions aux archives et à l'université, occupant en particulier les fonctions de bibliothécaire. Il jouissait désormais d'une certaine aisance financière. Il put continuer à enrichir sa collection et à se livrer à l'étude des manuscrits.

Le grand incendie de Copenhague se déclara le 20 octobre 1728. Le lendemain, il atteignit le Quartier latin, où se trouvaient les résidences des professeurs. Confiant dans l'action des autorités pour éteindre l'incendie, Árni n'entreprit que tardivement l'évacuation de sa collection, dont une grande partie fut la proie des flammes. La plupart des manuscrits furent sauvés, mais presque tous les livres imprimés furent détruits, de même qu'une partie des copies de livres et de lettres médiévales, dont les originaux ont parfois disparu.

Affecté par cette perte, Árni ne survécut que quinze mois à l'incendie, et mourut le 7 janvier 1730. Par testament, il fit don à l'université de Copenhague de sa collection, la plus importante collection de manuscrits islandais, qu'une Commission, créée en 1772, fut chargé de publier. Depuis 1971, elle est hébergée pour partie à Copenhague, pour partie à Reykjavík, où un Institut Árni Magnússon a également été fondé pour accueillir les manuscrits restitués par le Danemark.

Sources

  • Bekker-Nielsen, Hans ; Widding, Ole. Arne Magnusson : the manuscript collector. Transl. by Robert W. Mattila. Odense : Odense university press, 1972.
  • Eiríkur Benedikz. Árni Magnússon. Saga-Book. XVI (1962-1965), 89-93.
  • Sigurgeir Steingrímsson. Árni Magnússon (1663 - 1730) - life and work. Transl. by Bernhard Scudder. The Árni Magnússon Institute for Icelandic Studies.