The Finest Story in the World (1891) est une nouvelle de l'écrivain anglais Rudyard Kipling mettant en scène un employé de banque qui se souvient avoir exploré le Vinland dans une vie antérieure.

The Finest Story in the World dans The Contemporary ReviewThe Finest Story in the World dans The Contemporary Review
(vol. LX, juillet-décembre 1891).
La nouvelle est parue en 1891 dans The Contemporary Review, et a été reprise dans le recueil Many Inventions, publié en 1893.

Elle a pour héros Charlie Mears, un jeune employé de banque de la City, qui aspire à devenir écrivain.

Il fait la connaissance du narrateur qui, tout en constatant la médiocrité de son talent littéraire, est stupéfait par le réalisme du récit qu'il lui fait, une nuit, de la vie d'un esclave navigant sur une galère grecque. Charlie est incapable d'en déterminer l'origine, mais le narrateur l'identifie comme d'authentiques souvenirs  (Charlie écrit en particulier quelques mots en grec ancien, langue qu'il ne connaît pas). Dès lors, il s'imagine écrire « the finest story in the world » en mettant fidèlement par écrit les récits de Charlie.

Cette expérience de métempsychose se poursuit lorsque Charlie raconte les souvenirs de ses aventures aux côtés d'un homme aux cheveux et à la barbe roux, qui serait allé « aux Plages – les Longues et Merveilleuses Plages ». Le narrateur identifie alors Furdurstrandi, nom que donnèrent Thorfin Karlsefne et ses hommes à une partie de la côte du Vinland.

Par la suite, Charlie fait, de façon fragmentaire, le récit d'autres événements survenus au cours de la découverte de l'Amérique. Le mugissement d'une vache dans une péniche sur la Tamise lui rappelle ainsi le mugissement du taureau qui sema la panique chez les Skroelings – même si Charlie ignore le sens du mot Skroeling. Plus tard, il se souvient aussi d'« un débarquement sur une île et [des] explorations dans les bois, où l'équipage tua trois hommes qu'ils avaient trouvés endormis sous les pins ».

Mais, conformément aux prédictions d'un ami Bengali du narrateur, la capacité de Charlie à se remémorer ses vies antérieures disparaît lorsqu'il tombe pour la première fois amoureux, et la « plus belle histoire du monde » n'est jamais écrite.

En intégrant à son histoire de métempsychose un récit de la découverte du Vinland, Kipling illustre la fascination exercée par l'histoire de la Scandinavie ancienne sur les écrivains du XIXe siècle. En témoignent par exemple, en Angleterre, les œuvres de William Morris, dont Kipling se souvenait qu'il l'avait entendu, enfant, lui raconter la Saga de Njal le Brûlé1, ou, de l'autre côté de l'Atlantique, les poèmes d'inspiration nordique de Henry Wadsworth Longfellow, dont deux sont cités dans la nouvelle : The Saga of King Olaf (1863) et The Discoverer of the North Cape (1856).

Northern Antiquities (1847), Mallet, Percy, BlackwellNorthern Antiquities traduites par l'évêque Percy et révisées par I. A. Blackwell (1847)Cette vogue est née avec la traduction en anglais par l'évêque Thomas Percy des Monuments de la mythologie et de la poésie des Celtes, et particulièrement des anciens Scandinaves de Paul Henri Mallet (1756), sous le titre Northern Antiquities (1770). La traduction porte le sous-titre « An Historical Account of the Manners, Customs, Religion and Laws, Maritime Expeditions and Discoveries, Language and Literature of the Ancient Scandinavians », ce qui résume bien son contenu. Entre 1809 et 1902, Northern Antiquities est republié six fois. Une nouvelle édition, révisée et augmentée par I. A. Blackwell, est parue en 1857.

Les Northern Antiquities « représentaient le point de départ naturel pour tout adulte de l'époque victorienne désireux d'acquérir des connaissances sur les mythes et la religion de la période viking2», et c'est sans doute à raison que le Readers' Guide to Rudyard Kipling’s Works3 considère qu'elles ont servi de source à Kipling.

Tant la traduction de Percy que la version révisée par Blackwell accordent un intérêt particulier aux expéditions maritimes des anciens Scandinaves dans l'Atlantique Nord et présentent un résumés des sagas du Vinland4. La plupart des histoires racontées par Charlie y figurent.


1 Kipling, Rudyard. Something of Myself. London : Macmillan, 1937. Ch. 1.
2 Wawn, Andrew. The Vikings and the Victorians : inventing the old north in nineteenth-century Britain. Woodbridge : D. S. Brewer, 2002. P. 184.
3 Publié en huit volumes entre 1961 et 1972, et dont la Kipling Society propose une version mise à jour sur son site, dont les notes sur The Finest Story in the World.
4 Résumé de deuxième main chez Percy, à la suite de Mallet, puisqu'il dérive principalement de l'Historia Vinlandiæ antiquæ de Thormod Torfæus (1705), tandis que Blackwell a eu accès aux Antiquitates Americanæ de C. C. Rafn (1837), qui contiennent une édition et une traduction des sagas.